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Les femmes et la Révision stratégique des programmes

2016-01-19

Que ce soit en tant que bénéficiaires, proches aidantes, fournisseuses de services en milieu de travail, détentrices d'emplois à prédominance féminine ou comme employées, les femmes ont un intérêt dans les programmes et services publics, et de ce fait, dans la Révision stratégique des programmes et dans le budget provincial.

Le gouvernement dit avoir trois priorités: les emplois, les familles et les finances. Ces priorités sont louables. Mais est-ce que la Révision stratégique des programmes répond à ces trois priorités? La réponse est non. L'exercice semble se limiter à une seule priorité : les finances, ou plus précisément, la réduction du déficit. Les options présentées dans le document Des choix pour remettre le Nouveau-Brunswick en marche sont des mesures qui visent à réduire les dépenses et à augmenter les revenus. Peu d'options visent l'amélioration des services, et aucune ne vise la création d'emplois.

En examinant le document de plus près, on note que plusieurs options proposées par le gouvernement reposent sur la privatisation. Certains argumenteront que la privatisation n'entraînera pas de diminution des emplois. Possible mais peu probable. La privatisation des services entraîne habituellement une diminution d'emplois. Et même lorsque le nombre d'emplois reste le même, c'est la qualité des emplois qui diminue. Il faut protéger les emplois qui permettent de faire vivre décemment une famille et qui stimulent l'économie.

Nous avons déjà beaucoup de services publics livrés par le privé, y compris les services de soutien à domicile, les résidences communautaires, les établissements de soins spéciaux, la littératie, les garderies et autres. Ce sont tous des secteurs d'emplois à prédominance féminine, et les besoins de la clientèle sont grands. Le financement de ces entreprises privées, qu'elles soient à but lucratif ou non, est toujours précaire. 

Le résultat? De piètres conditions de travail, peu de sécurité d'emploi dans plusieurs cas, main-d’œuvre insuffisante et surcharge de travail, des salaires faibles et stagnants. Si les salaires dans ces secteurs correspondaient à la rémunération des emplois à prédominance masculine de valeur égale, ils seraient de 20$ l'heure et non de 13$ à 15$ l'heure comme c'est le cas présentement.

Nous aurions souhaité que la Révision stratégique des programmes traite de cette injustice.

Mais puisque le gouvernement se concentre plutôt sur la réduction du déficit, c'est une diminution du nombre d'emplois qui est mise de l'avant. Ceci va à l'encontre de l'objectif du gouvernement de créer des emplois et aura un impact négatif sur la main-d’œuvre féminine.

Le gouvernement semble vouloir limiter ses efforts de création d'emplois aux secteurs de la construction, en particulier celle des routes. Pour financer ces investissements, il semble prêt à sacrifier des services et des programmes publics. Ceci est problématique. Les femmes occupent beaucoup de ces emplois du secteur public qui pourraient être coupés ou privatisés.  Quant aux emplois à prédominance féminine dans le secteur privé des soins, ils continuent d'être sous-payés. Finalement, le secteur de la construction, y compris celui de la construction des routes, offre très peu de débouchés pour les femmes. Si le gouvernement a fait une analyse comparative selon le genre de son budget, il aura sûrement remarqué l’impact négatif que ces choix pourront avoir pour les femmes.

Pourquoi ne considérons-nous pas des mesures de création d'emplois dans l'infrastructure sociale? N'est-ce pas une belle occasion d'étudier les lacunes dans les services de garderies, les soins pour les personnes âgées et les personnes à besoins spéciaux? Nous pensions qu'une Révision stratégique des programmes allait permettre d'évaluer les besoins de la population, et d'ajuster les services pour répondre à ces besoins. Est-ce que ça ne serait pas plus "stratégique" de déterminer les secteurs où les ressources font défaut?

Au cours des derniers mois, le gouvernement a créé la Commission d'étude des services de garderie, le Secrétariat à la littératie et un comité sur les ressources humaines dans le domaine des soins offerts par le secteur privé. Nous attendons avec impatience les recommandations de ces instances et souhaitons que le gouvernement prendra des mesures positives dans chacun de ces secteurs.

Pour appuyer l'équité salariale, les Libéraux avaient promis d'exiger des plans d'équité salariale de la part des employeurs ayant plus de 50 employés et transigeant avec le gouvernement par les processus d'approvisionnement ou de financement. Nous avons hâte d’en voir l'impact sur les emplois féminins dans le secteur privé. Nous attendons aussi que le gouvernement poursuive ses autres engagements en matière d'équité salariale, notamment la révision de la méthodologie utilisée pour évaluer les salaires dans le secteur des soins aux personnes et la mise en œuvre de la Loi sur l'équité salariale, 2009 dans l'ensemble du secteur public.

Souhaitons que ces initiatives influencent les conclusions de la Révision stratégique des programmes et mènent à de meilleurs services ainsi qu'à des salaires équitables pour les travailleuses dans les secteurs public et privé.

* Vallie Stearns est la présidente de la Coalition pour l'équité salariale du Nouveau-Brunswick. La Coalition pour l’équité salariale fait partie de Prospérité, non austérité au Nouveau-Brunswick.

 

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