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L'équité salariale pour tous : une question de justice!

2010-03-05

Lettre à l'opinion des lecteurs

Demandez autour de vous et vous constaterez probablement que la plupart des Néo-Brunswickois sont d’accord que si deux emplois chez le même employeur comportent le même niveau d’exigences, ils devraient rapporter le même salaire. Le fait qu’un emploi soit principalement occupé par des femmes ne devrait faire aucune différence. C’est ça, l’équité salariale. Et cela semble répondre à notre sens de la justice.
 
Le problème c’est que parce que les hommes étaient autrefois vus comme principal gagne-pain de la famille, les « emplois de femmes » étaient moins biens payés que les « emplois d’hommes » de même valeur. En conséquence, ils le sont souvent restés. De nos jours, au Nouveau-Brunswick, 70 % des femmes et 13,5 % des hommes qui sont sur le marché du travail occupent des emplois à prédominance féminine.
 
Une loi en matière d’équité salariale permet d’assurer que les employeurs prennent les moyens pour rémunérer également le travail de valeur égale. Les employeurs doivent déterminer la valeur des emplois à l’aide d’un système d’évaluation qui tient compte des responsabilités du titulaire, des compétences exigées, de l’effort à fournir et des conditions de travail. Ensuite ils doivent comparer la valeur et le salaire correspondant à ces emplois dans ce lieu de travail, entre ceux qui sont occupés par des femmes pour la plupart et ceux qui sont occupés par des hommes pour la plupart. Si leur valeur est la même, le salaire devrait être le même.
 
Heureusement, cette question avance au Nouveau-Brunswick. En juin dernier, le gouvernement provincial adoptait la Loi sur l’équité salariale, 2009 qui s’applique à l’ensemble du secteur public. La Loi entrera en vigueur d’ici quelques semaines, soit le 1er avril 2010. Elle n’est peut-être pas parfaite et il faut encore voir comment elle s’appliquera, mais elle s’inscrit certainement dans la voie du progrès.
 
De plus, les travailleurs de cinq groupes qui ne font pas partie du secteur public mais qui offrent des services au nom du gouvernement – soutien à domicile, garderies, maisons de transition, foyers de groupes et foyers de soins – prévoient recevoir des rajustements de salaire en 2010. Encore là, ce sont de bonnes nouvelles, mais comment assure-t-on le maintien prolongé de l‘équité salariale pour ces groupes sans l’adoption d’une loi? Et que se passe-t-il pour les travailleuses des foyers de soins spéciaux, les enseignantes des programmes d’alphabétisation et les intervenantes en intégration communautaire des Centres d’activités de développement pour adultes, programmes et formation (Centres ADAPF)  et les autres groupes qui offrent des services mandatés par le gouvernement?
 
Le Plan de réduction de la pauvreté qui vient d’être adopté par la province compte énormément sur le secteur associatif. Or ce secteur embauche une proportion élevée de femmes, dont un grand nombre ont fait des études postsecondaires, mais ne dispose pas d’assez de moyens pour les payer équitablement. Comment le plan de réduction de la pauvreté assurera-il l’équité salariale des femmes dans ce secteur? Comment se fait-il que le plan n’intègre pas une loi sur l’équité salariale dans le secteur privé parmi les moyens permettant de réduire la pauvreté chez les femmes? C’est un fait que les emplois qu’occupent majoritairement les femmes sont souvent sous-valorisés et sous-rémunérés. Cela contribue à la pauvreté des femmes.
 
Certaines municipalités (Quispamsis, Memramcook, Tracadie-Sheila) ont intégré des programmes d’équité salariale dans leur stratégie de gestion des ressources humaines. Elles méritent nos félicitations pour avoir agi ainsi en l’absence d’une loi. Il faut dire qu’elles ont compris qu’il était avantageux d’agir tout de suite, pour attirer et retenir leur personnel et pour profiter d’un système moderne de rémunération et d’un climat de travail plus favorable, entre autres. Mais les autres municipalités vont-elles toutes passer à l’action sans une loi? Il y en a au moins une qui a annoncé qu’elle s’en abstiendrait.
 
Au total, 67 % des femmes au sein du marché du travail occupent des emplois dans le secteur privé. Encore aujourd’hui, elles doivent compter sur la bonne volonté de leurs employeurs pour recevoir un salaire équitable. Le gouvernement a décidé de poursuivre le Plan d’action quinquennal sur l’écart salarial adopté en 2005. Ce plan compte sur des mesures volontaires pour mettre en œuvre l’équité salariale dans le secteur privé. Or, après cinq ans, si des entreprises ont établi de nouveaux programmes d’équité salariale, c’est un secret bien gardé! Il semble clair qu’une loi sera nécessaire. Les Libéraux disent s’engager à légiférer dans le secteur privé. Quel échéancier visent-ils? À la présentation de son plan d’action, l’ancienne ministre responsable de la condition féminine, Margaret-Ann Blaney, déclarait que son gouvernement aurait recours à une législation si le plan ne donnait pas de résultats dans le secteur privé. Son parti est-il prêt à agir aujourd’hui? Le Nouveau Parti Démocratique maintient sa promesse répétée d’appuyer une loi sur l’équité salariale pour tous les secteurs. Le Parti Vert vient tout juste d’adopter en assemblée générale une résolution en faveur d’une loi pour le secteur privé. Il semble y avoir un consensus sur le principe de l’équité salariale, mais nos dirigeants et dirigeantes vont-ils veiller à la réaliser?
 
Une chose est sûre, les gens du Nouveau-Brunswick ont droit à l’équité salariale. C’est un droit de la personne et doit s’appliquer à tous également. C’est pourquoi il faudrait adopter une loi visant tous les secteurs économiques, pas seulement la fonction publique. Cela répondrait à l’esprit de justice et d’équité de la population du Nouveau-Brunswick.
 
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Johanne Perron est la directrice générale de la Coalition du Nouveau-Brunswick pour l’équité salariale, qui regroupe 700 personnes et 81 organismes faisant la promotion d’une loi sur l’équité salariale pour le secteur privé comme pour le secteur public.

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