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Sommes-nous toutes et tous égaux devant le budget provincial?

Commentaire par Vallie Stearns, présidente de la Coalition pour l'équité salariale du Nouveau-Brunswick, et Sylvie Morin, présidente du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

Qui dit que les femmes ne s’intéressent pas à l’économie? C’est avec intérêt que la Coalition pour l’équité salariale et le Regroupement féministe suivront les prochains budgets provinciaux ainsi que la révision stratégique des programmes. Pourquoi? Parce qu’aucun choix budgétaire n’est neutre.

Le gouvernement nous dit que la révision des programmes ne vise pas à réduire les dépenses. Pourtant, il ne cesse de répéter vouloir trouver 600 millions $ en économies et en revenus. Si nous ne pouvons qu’appuyer la recherche d’une plus grande efficacité dans l’offre de services du gouvernement, nous nous méfions de possibles coupures pour éliminer le déficit.

Pourquoi? Les études démontrent que les coupures de programmes et de services publics affectent les femmes de façon disproportionnelle comparativement aux hommes que ce soit en tant que bénéficiaires, travailleuses ou simplement membres d’une famille.

Les femmes ont plus souvent besoin d’assistance sociale, les étudiantes ont besoin d’aide financière pour accéder à une éducation postsecondaire, les femmes ont besoin d’une gamme de services de santé reproductive, les mères de famille ont besoin de services de garde abordables, les femmes âgées ont besoin d’aide au revenu et de services à toutes les étapes de leur vieillissement.

Les programmes et services sont particulièrement importants dans un contexte où les revenus et la participation des femmes au marché du travail sont encore limités, dû à l’influence des rôles traditionnellement attribués dans la famille et à la discrimination qui persiste sur le marché du travail (iniquité salariale, accès difficile aux emplois à prédominance masculine et aux postes de direction, etc.).

De plus, les femmes constituent la majorité du personnel dans le secteur public. Des coupures dans ce secteur risquent donc de priver les femmes d’emplois davantage que les hommes. Couper des emplois dans le secteur public va évidemment à l’encontre de l’objectif de création d’emplois du gouvernement. Mais si en plus, le gouvernement détourne le budget alloué au secteur public vers des projets d’infrastructure, il creusera davantage l’écart entre les femmes et les hommes. En effet, cela couperait des emplois à prédominance féminine pour créer des emplois à prédominance masculine.

Une étude de 2014 démontre que « les salaires sont plus élevés dans le secteur public précisément pour les groupes qui vivent le plus de discrimination dans le secteur privé » (femmes, autochtones et minorités visibles) alors que « les salaires sont moins élevés dans le secteur public pour les groupes les moins susceptibles d’être victimes de discrimination à cause de leur race et de leur sexe »1. Comment? Grâce aux lois et politiques d’équité salariale, à la syndicalisation et à l’accès à de meilleurs congés de maternité – des conditions qui sont encore marginales pour les femmes qui oeuvrent dans le secteur privé.

Même lorsqu’elles n’en sont pas directement bénéficiaires ou qu’elles ne travaillent pas dans ce secteur, la diminution de services affecte les femmes davantage que les hommes. En effet, les services de soins aux personnes financés par le gouvernement permettent aux femmes de participer pleinement au marché du travail. Ils libèrent, ou du moins appuient, les femmes qui en étaient traditionnellement – et gratuitement - responsables dans leur famille. Les tâches sont de plus en plus partagées entre les femmes et les hommes, mais les femmes continuent à y consacrer plus de temps et ce sont encore elles le plus souvent qui quittent leur emploi lorsque l’offre de services est insuffisante.

Il faut souligner que dans un souci d’économie, le gouvernement a sous-contracté plusieurs services de soins aux personnes au secteur privé sans s’assurer que les salaires et bénéfices des travailleuses soient adéquats. Résultat, une grave iniquité salariale y sévit. Les salaires y tournent autour de 13 ou 14$ l’heure alors qu’ils devraient être de l’ordre de 20$ l’heure, selon une étude de 2014. L’accent mis sur l’élimination du déficit risque de reléguer encore ces travailleuses au second plan.

Il serait inacceptable de justifier la perpétuation de l’iniquité et de la discrimination salariale envers les femmes au nom de l’équilibre budgétaire. Les droits de la personne ne sont pas un luxe. Ils sont à la base de notre démocratie.

Pour toutes ces raisons, la Coalition pour l’équité salariale et le Regroupement féministe recommandent que le gouvernement publie un livre blanc avec une analyse comparative entre les sexes des options proposées pour améliorer les finances et les programmes de la province. Les choix du gouvernement doivent prendre en compte les valeurs qui nous sont chères : l’égalité entre femmes et homme, la solidarité, la justice sociale et le respect des droits de la personne.

 


[1] Kate McInturff and Paul Tulloch. 2014. Refermer l’écart: La différence que font les salaires du secteur public. Centre canadien de politiques alternatives, p. 5

 

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